chiche que mon esprit peut chevaucher les nuages

Tudu dududum, comme dit ma copine Perle de Lotus. J’hésite entre un dernier inventaire avant liquidation, ou bien garder les murs de la boutique qui, c’est vrai, ne me coûtent pas bien cher – oui mais demain je serai PAUVRE (mais libre) (mais PAUVRE).

Ecoute, ce qui se passe c’est que mes cheveux poussent – je veux dire, bien sûr mes cheveux poussent, mais je ne les coupe plus, voilà la différence fulgurante, voilà d’où vient le changement peut-être : mes cheveux poussent, et pixie est un concept résolument 2005-2006, totalement out – kikoulol je m’appelle clarisse. (J’ai toujours trouvé les prénoms plus jolis sans majuscule) (j’aime le mien pour les misérables plans drague qu’il suscite parfois). Franchement regarde-moi bien : je n’ai plus rien d’un lutin. Je ne me sens plus pixie que dans ces instants de nostalgie foudroyants, les yeux hypnotisés par le turquoise du Pacifique qui baigne la côte est de mon Océanie, cette tâche de couleur explosive sur mon mur blanc – son mur blanc. Je te jure, l’espace de ces secondes où mon cerveau flanche dans sa quête aussi palpitante que saoulante du mot juste, c’est pour un flat white du Starbucks de Neutral Bay que je vendrais ma mère, et pour aucun autre.

Je voudrais lui montrer ce que je vois quand je ferme les yeux.

La fatigue me ramène toujours Là-Bas, et fatiguée je le suis, plus que trois semaines, encore trois semaines avant la fin du cumul des mandats – Old Boss me dit « fais ceci », je réponds « oui oui » mon majeur virtuellement tendu dans sa face, et je continue de corriger en toute illégalité – HAN – mes traductions du weekend, les centaines de mots dont j’ai accouché entre la confection d’un crumble, le décapage de la baignoire et la redif’ de « Maison à vendre » – mais oui je baigne dans le glam.

Je crois que j’ai vieilli, et mes rêves aussi – au final ça ne fait même pas mal, il suffit d’assumer le cliché. Parquet boisé, peau de bête devant la cheminée, Doyle le fidèle berger,  fauteuils club usés, truc doux et rose dans le giron tandis que je regarde Hank Moody creuser son chemin vers une enième petite fourrure : check, check, check, check, check. Ça vois-tu c’est ma conception de La Vie La Vraie – note la sobriété de ma vision, quand pour certains  l’éden a des airs de camps nudistes des 70’s (je passe mon tour).

Dans l’attente de cette prochaine vie, un nouvel automne s’en vient, annonciateur de bouleversements de toutes sortes, tels qu’un nouveau sommier suédois et des water-closets couleur mandarine – non je ne mentionne plus les bouleversements professionnels, j’ai décidé de me convertir au taoïsme.

tu crieras famine et moi je poserai nue

Attends que je me souvienne de ce qui s’est passé après le sexe dans la piscine, après les heures passées lascivement vautrée devant E ! Entertainement (OUI), la télécommande à la main et les fesses chlorées collées au cuir coloris pistache.

Il y a eu la moiteur de Paris sous les pales des ventilateurs, les cheveux humides qui glissent de ma queue de cheval (a.k.a de rat) et la longueur aveuglante de ma mèche de pute qui me vaut désormais l’appellation de Playmobil,  le refrain mmm mon Petit Poney étant tombé de lui-même en désuétude (ai-je gagné au change ?) (PLAYMOBIL, EN AVANT LES HISTOIRES).

Sur ces entrefaites, mon « mais ouais mais grave, rencontrons-nous », a donné suite à un « ah oui c’est sympa ici, attends mais apprendre à me servir d’un Mac ça va me prendre dix minutes, mon p’tit copain », puis un « ah oui mais en fait non », parce que oui, mais en fait non. A trente ans je ne quitte plus un poste que je conchie pour un poste que je conchierai trois mois plus tard,  à trente ans je ne quitte un poste que pour la certitude de La Félicité,  voici ma nouvelle résolution mature et/ou absolument utopique tendance flower power.

Ça commence bien me diras-tu, car du reste, mon boulot je le quitte dans cinq semaines, et ce pour la bohème – non, il n’y a rien de concret derrière, non, les offres d’emploi qui  m’exaltent ne mènent à rien d’autre qu’à des entretiens subis dans la frustration et la rage de ne pas savoir exprimer à quel point C’EST MA PLACE, c’est ma place ce décor sucré et ces pages illustrées,  C’EST MA PLACE  (larmes aux yeux, kleenex trempé dans poing serré, et caetera.).

C’est bon, va, c’est aussi le rêve, de gagner des pralines pour traduire chez moi des phrases à la con vantant les vertus d’un hôtel pour businessmen en goguette à Papeete ou à Dallas-Texas, en attendant de trouver plus d’heures, ou mieux ailleurs, ou les deux mon capitaine.

Je fais le serment de me lever le matin, de prendre ma douche avant 17h, de ne pas finir les missions à 8h59 pour une deadline à 9h, d’aller à la piscine les lundis et jeudis, et de joindre deux fois par semaine mes foulées à celles des pompiers sur la terre battue du Champs de Mars. Débriefing certifié sans-bullshit mi-octobre, pour une franche partie de rigolade.

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